La révolution est arrivée à La Cabiotte. Elle lave à 60 °C.
Il ne parle pas, ne boit pas de café et refuse obstinément d’animer un atelier. Pourtant, notre nouveau lave-vaisselle pourrait bien devenir l’un des bénévoles les plus appréciés de La Cabiotte. Petite visite d’une révolution très quotidienne.
Il y a des événements qui marquent l’histoire d’un lieu.
Une inauguration.
Une rencontre mémorable.
Un nouveau projet.
Et puis il y a ce jour où La Cabiotte a eu un lave-vaisselle.
Oui.
Un lave-vaisselle.

À première vue, difficile de faire plus banal. Il est blanc, il se cache sous le plan de travail et, contrairement à la plupart des habitués de La Cabiotte, il n’a encore proposé ni atelier, ni sortie, ni partie de cartes.
Pourtant, il vient déjà de gagner une place particulière dans le cœur des bénévoles.
Parce qu’avant…
Un café, c’est une tasse.
Deux cafés, deux tasses.
Un après-midi animé à La Cabiotte, ce sont des tasses, des verres, des cuillères, des assiettes, quelques bols, encore des tasses… et ce mystérieux petit verre dont personne ne sait vraiment qui s’est servi.
Tout cela finissait naturellement au même endroit : dans l’évier.
Et derrière l’évier, il fallait bien quelqu’un.
La convivialité a donc parfois une face cachée : pendant que certains refont le monde autour d’un café, quelqu’un d’autre le contemple depuis une montagne de vaisselle.
Puis il est arrivé.
Un beau jour, sous l’évier ou presque, s’est installé notre nouveau collègue.
Il ne demande pas de café.
Il ne prend jamais de vacances.
Il ne râle pas quand on lui apporte quinze verres supplémentaires juste après l’avoir rempli.
Et surtout : il lave.
Depuis, une opération particulièrement complexe consiste désormais à ouvrir une porte, ranger la vaisselle, ajouter le produit et appuyer sur un bouton.
Nous entrons doucement dans le XXIᵉ siècle.
Mais attention : la machine n’a pas encore atteint l’autonomie complète
Après plusieurs études scientifiques réalisées autour de la machine à café, nous sommes en mesure de confirmer une information importante :
le lave-vaisselle ne se remplit pas tout seul.
Il ne vide pas non plus les tasses abandonnées sur les tables et semble totalement incapable de deviner qu’une cuillère posée dans l’évier pourrait parfaitement rejoindre ses congénères.
Son efficacité repose donc encore sur une technologie ancienne mais éprouvée : le petit coup de main de chacun.
La règle est simple :
après avoir utilisé une tasse, un verre ou une assiette, on retire les restes éventuels et on les met directement dans le lave-vaisselle ;
si la machine est pleine, on peut la lancer ;
si elle a terminé, quelques minutes pour la vider permettent au suivant de repartir avec une cuisine prête à servir.
Pas besoin de prélaver consciencieusement chaque assiette : on enlève simplement les gros restes. Sinon, autant continuer à faire toute la vaisselle à la main et utiliser le lave-vaisselle comme placard très cher.
Quelques minutes gagnées, beaucoup d’énergie économisée
Ce nouveau venu ne va évidemment pas bouleverser le programme de La Cabiotte.
Mais il change quelque chose de précieux : le temps disponible.
Moins de temps les mains dans l’évier, c’est davantage de temps pour accueillir, discuter, préparer une activité, servir un café… ou simplement s'asseoir cinq minutes avec les personnes présentes.
Et dans un lieu qui fonctionne en grande partie grâce à l'énergie et au temps donné par les bénévoles, ces petites améliorations comptent beaucoup.
Alors bienvenue à notre nouveau bénévole.
Il est silencieux, efficace et légèrement carré.
Nous réfléchissons encore à son prénom.



